Ah ces partis qui ouvrent leurs réunion par la basmallah !

Tout changement viendra d’abord de l’action des associations et des femmes. Les partis , égaux à eux-mêmes, en retard de trois plombes, soutiendront comme d’habitude sous la contrainte. 
Les femmes, ces moitiés en tout, sont en marche, un grain de sable plus un autre, font le lit sur lequel, messieurs vous bronzez et à partir duquel vous pouvez plonger— à Bouznika Beach.
 
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Faire le bouddha …

Tout  a commencé par la lecture de cet article http://sylviaperreault.com/le-verre-deau/

sur la page facebook d’une amie qui est loin d’être ringarde, loin d’être flower power et encore moins fleur bleue

Plutôt genre humour trempé dans de l’acide nitrique. Elle c’est le personnage drôle ancré dans le réel et les pattes bien dans ses baskets.

Ma copine c’est plutôt ça.

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Autant vous dire que la zen attitude, c’est pas son truc

Sa publication sur son mur  me tilte et me persuade de lever le pied. Quand c’est bloqué on souffle et … et bien rien la situation est toujours bloquée. Ouais l’autre pied continuait de patiner. Et je décidai de le lever lui aussi.

Alors je me dis, pour réussir ce challenge en deux points, il faut structurer ma journée avec des choses qui la ponctuent et m’obligent à ne pas réfléchir à la masse de boulot qui m’attend et qui me paraît juste ingérable. J’allume la télé et comme un signe miraculeux, passe la pub d’une série quotidienne, au pitch assez  drôle et qui n’a pas l’air, ma foi, de mettre à contribution plus de 10 neurones.

Donc le planning se fait naturellement, en deux points aussi : débuter la journée par les infos, au saut du lit, histoire de laisser les autres réfléchir pour moi ; ensuite,  ben dès que les soucis de boulot commencent à être trop lourds à porter (ouais ouais l’image du bras et  du verre d’eau fait son chemin), un break (c’est le cas de le dire, puisque j’ai cassé mon quotidien) . Aujourd’hui ce sera un tour chez Vanity centre de beauté et spa

Un tour de mes ongles et de mes cheveux me prend 3 heures, entrecoupés, évidemment, de coups fils intempestifs de collègues, mais je ne me laisse pas envoûter par la danse du ventre des –problèmes d’échéances-impossibles-à-respecter-et qui-risquent-de-me-précipiter dans un gouffre-sans-fond

Je fonce dans le bien-être et la sérénité et plonge tête baissée dans les choses qui me font sentir légère. Je remplace même mon thermos de café quotidien par une théière bien ronde de camomille.

Ensuite, l’après-midi, dès que la pression au boulot monte,  un tour sur internet,  bien qu’en pointillés – papiers à signer et dossiers à réaliser obligent- me rattache à mon nouveau monde, jusqu’à me porter vers l’heure de la série. Les pieds sur la table, la caboche dans la petite lucarne, et la voilà -ma tête-  emplie d’histoires qui ne m’appartenaient pas mais qui, bizarrement, me passionnèrent au point de réfléchir à mille suites possibles que le dîner et l’heure de se mettre au lit ont à peine perturbé. Et rebelote le lendemain. Je zappais cette impression de poids lourds des dossiers au gré de mes envies. Un peu comme si je vivais, au milieu du cohue de la ville,  dans un temple tibétain, à une « hauteur qui n’existe pas ».

Conclusion : les échéances sont arrivées, la catastrophe aussi, MAIS j’e l’ai accueillie, belle, zen et allégée tout d’un coup des dossiers qui sont passé de : « en suspens » à « urgent écrit en rouge», les pieds emmêlés dans la dégringolade que vous imaginez.

Du coup, encore dans les vertiges de ma descente sur terre, je me dis que  si j’avais pris le verre avec mes deux mains, mes bras n’en auraient pas senti le poids.  Que j’aurai du m’inspirer de Civa, et m’inventer d’autres bras et mille doigts.

Ah auteur inconnu, je comprends ton anonymat

Bon comme il n’est jamais trop tard, je retourne à mes classiques qui certes ne flattent  pas mon moi ni ne lui demandent de s’inventer des ailes qu’il n’a pas, mais, mais…  maigre consolation me prient de renouer avec le bon sens commun, pratique et philosophique des allemands. Et oui , la bonne vieille phrase toujours d’actualité du bon vieux Nietzsche  qui claque à mes oreilles comme la douce mélodie d’une cravache « ll vaut mieux être à la périphérie de ce qui s’élève qu’au centre de ce qui s’effondre », me rattrape encore et toujours.

C’est pas que mais c’est l’heure de ma série, à ciao et à demain.

Elle sera battue le jour du souk

Elle trainait la laideur de notre monde sur son visage morne et dans sa démarche, lente, indolente, si molle qu’on ne savait si elle avançait ou si elle reculait.
Je refermais vite la porte et retournais aux écuries.
Dis, Hammou, demandais-je au métayer, tu crois qu’elle fera l’affaire ? 
-pourquoi ? marmonna-t-il dans une barbe invisible
-je suis rentrée j’ai dit bonjour elle ne m’a pas répondu. Je l’ai observée une minute, elle a l’air mollassonne. 
– elle est à moitié sourde et pas très normale. C’est sa tête, à force de recevoir des coups de son mari, dit-il banalement, mais elle fait ce qu’on lui dit.
Elle sera engagée sur la banalité de son sort

P.S : ce n’est que le début d’un écrit que j’espère très long aussi long qu’un livre 🙂

Le faucon blessé

Dis moi, Fier Arabe ton besoin d’une promesse

Dis moi, Fier Faucon aux ailes pointues

Au regard dénué de faiblesse

Les feux qui te rongent

 

Je te dirai qu’un jour elle s’inventera

Amante glabre sous la caresse de ton pouvoir

Elle écrira sur les pages blanches de ton regard

La promesse d’un poème

 

 

Courbe tes cils et ton bec

Fantasme sa mélancolie

Et elle inventera ton odeur

Pour y puiser son besoin d’un roi

 

Murmure ta passion aux infinis de ton âme

Abandonne-toi à la volupté de ses extrêmes

Elle se rêvera émoi en toi ,

Et moi je te conterai l’aube, le crépuscule

et l’éternité de ton altérité

 

exercice à six mains avec Asma Regragui et Frédéric Pomel

Parle avec moi, tout désorienté que tu es, tes mots remettent dans son lit, l’impétueux torrent que ta seule pensée déchaîne en moi 

Impétueux torrent qui charrie jusqu’à toi et dépose au pied de ta berge pierres rares, sentiments ardents et douce folie.

Impétueux torrent » qui charrie jusqu’à moi d’ ardentes émotions que la vague dans un incessant et terrifiant ressac ramène à sa source, loin des anfractuosités de mon âme »

« Et s’il était conté à cette âme de se désaltérer, ce serait à cette source qui fit jaillir l’océan tumultueux dans laquelle elle élit domicile. Que m’importent houle et tempêtes si elles sont orchestrées par la symphonie de nos coeurs. » 

 » Que m’importent tes lointains rivages, si tu dessines mon présent, je me ferais légère écume portée par la vague de ton désir bouillonnant 
et m’y abîmerai dans un battement de nos coeurs qui s’affoleraient à l’unisson ».

A l’orée de l’eau, lune à nulle autre pareille
Lissant mes sens envers elle,
En loup de mer assuré que l’océan l’appelle,
J’ai mon coeur qui appareille
A cette vision osée
De son visage au ciel étoilé
Et même la Voie Lactée sera soumise
A son âme abandonnée.

Quand la lune m’annonce ta marée
Un seul bruissement de vent provoque une ondée
de pulsions et de fatales pensées
que l’éloignement sait attiser 
et ton approche enflammer
Et goutte à goutte ton eau précieuse
ennivre mon âme audacieuse
puis cède à l’étreinte impérieuse

 

Monsieur le chef de gouvernement, rabat le 5 mars 2012

Monsieur le premier ministre et chef de gouvernement

Point n’est besoin de vous rappeler ici toutes vos prérogatives bien élargies depuis la nouvelle constitution. Vous êtes le premier à en bénéficier démocratiquement. Elles sont longues et lourdes de responsabilité

Monsieur le premier ministre

Pointons cependant à ce postulat auquel votre lourde tâche vous plie et que vous semblez avoir oublié : vous êtes le représentant du peuple marocain. Tout le peuple marocain. Même de la grande partie qui ne vous a pas élu puisque  quelque 2 068317 de Marocains ont voté pour votre parti sur les 13 626 357 inscrits des listes électorales

Alors non, monsieur le chef du gouvernement de notre Maroc bien aimé et tolérant car c’est l’image que notre pays véhicule et exporte, vous n’avez pas le droit de dire en tant que premier ministre  de ce pays, et l’un de ses représentants politiques au plus haut niveau après le Roi ,qu’il vaut mieux avoir à faire à un juif compétent qu’à un militant ignorant tout comme vous n’avez pas le droit de dire que l’amazigh c’est du chinois ni encore moins le droit d’instaurer un art propre, car art et politique n’ont jamais fait un bon mariage, les exemples historiques sont pléthores.

Ces périphrases dont vous usez, vous qui maniez la rhétorique, pour faire passer des idées racistes sous couvert  de dictons populaires ou anecdotes du terroir somme toute, bon enfant  un peu grinçants certes mais sans plus, nous tenons à vous dire que nous manions nous aussi la rhétorique et comprenons la manipulation sous-jacente des masses puisque cela est votre fonds de commerce, et que cette manœuvre de langage nous rappelle, une phase bien triste du 20eme siècle que nous refusons , celle de l’épuration ethnique : la haine et l’exclusion de l’autre sont  d’abord véhiculées à travers les mots de ceux qu’on est forcé d’entendre plus haut que les citoyens lambda … c’est-à-dire leurs dirigeants

 

Monsieur le chef du gouvernement

Nous les marocains fiers de notre nationalité, de notre mixité, de notre pluralité, de nos confessions religieuses, de la tolérance qui a fait notre réputation et de bien d’autres qualités auxquelles nous sommes attachés,  nous attendons, pour le moins à défaut de présenter votre démission, que vous vous excusiez de vos écarts de langage que nous considérons dangereux pour la cohésion de notre diversité.

 

Que vous vous excusiez auprès de ces amazighs dont vous descendez certainement, vous aussi comme nous tous et dont vous dénigrez la langue. Oui ces amazighs dont beaucoup ont fait la fierté du Maroc, ont payé de leur sang ou ont été les mères des rois valeureux de ce royaume chérifien et marocain qu’aujourd’hui, grâce à eux, vous pouvez gouverner.

Que vous vous excusiez auprès de ces quelque 2000 juifs qui habitent encore dans leur pays car vous les représentez et êtes censés les diriger d’une manière éclairée et ne pas les pousser à la diaspora. Bien sur, je ne vous ferais pas non plus l’outrage – à vous natif de Fès, ville de culture qui a du bien vous instruire-  de vous rappeler les Amran El Maleh , Les lévy, les Azoulay et Sarfaty , hommes de gauche, ou du sérail qui ont œuvré pour leur pays, ces marocains à la confession juive dont l’engagement n’est plus à prouver et qui ont construit ce Maroc que depuis près de quatre mois vous dirigez.

Oui monsieur, le chef du gouvernement, la bienséance et la décence voudrait que vous vous excusiez … sans cela la route sera longue pour vous et pour nous aussi si vous continuez de juger que certains marocains sont de « seconde zone»

L’insurgée silencieuse

L’insurgée silencieuse

Encore une dispute, encore des mots à s’en écorcher l’estime de l’autre, à creuser des ravins de distances.

Alors je lui écrivis qu’il faisait couler mes larmes.

Je ferme les yeux : j’ai gagné un instant de répit. Ou toute la vie sans lui. Le veux-je réellement ? J’y réfléchirai plus tard… les yeux ouverts.

Une excuse d’un commun désolant, mais qui sonne comme un chantage pour les hommes, ces mâles qui ont en horreur les pleurs de femmes.

Je continuais à fermer les yeux et respirais mes pensées, mais elles me conduisirent à mon hymen. Que j’avais décidé de perdre de sang-froid, sans désir de l’autre, sans amour et hors mariage.

Une revanche sur la souffrance ? Au moins, la conclusion sur une colère, celle de la domination du père, celle plus largement du joug de la société patriarcale, conservatrice et liberticide dans laquelle je vivais. Où les filles et les femmes sont les ombres et les otages impuissantes, sans libération possible, la rançon n’étant pas de mise, mais le religieux masculinisé, politisé comme outil législatif et d’autorité.

L’insurgée silencieuse que j’étais devenue depuis mes seize ans, avait compris que tout pouvoir devait avoir un contre-pouvoir.

Le patriarcat n’avait que la peur en face car l’insoumission était trop lourde à porter en rejet, pour les épaules de l’adolescente que j’étais.

Finalement, j’aurais du me noyer dans la querelle qui étourdissait et taisait les vagues rebelles et de différents âges et tailles du fond de mes entrailles.

Trop tard. La vague de l’impuissance me donne un coup de rein et me ramène à mes seize ans, où mon père par un jour pluvieux de printemps se trouva bizarrement nez à nez avec le facteur. Par un hasard incongru, ce dernier lui demanda si une enveloppe toute chiffonnée par la pluie et écrite à l’encre à moitié effacée par la trace de grosses gouttes d’eau, nous était adressée.

Les premières lignes de la lettre dessinaient un « Ma chère Leila » sans équivoque, qui l’encouragea à terminer sa lecture d’un courrier maladroit  d’une adolescente qui racontait ses premiers émois et dissertait sur mon attrait rougissant et non déclaré pour un ado à peine plus âgé et non instruit de mes sentiments

La nature bien innocente souleva grondement de colère et un tsunami familial, une éructation déclarée sous le label : « mon-honneur-tient-à-mon-nom-et-donc-à-ta- virginité -je -t’interdis-de-fréquenter-cette-mal-éduquée et-de-parler-à-cet-HOMME-sache-que-je-sais-tout-ce- que-tu-fais-et-te-suis-comme-ton-ombre-je-n’hésiterai- pas-à-t’enterrer-vivante-si-jamais-ETC. »

Et c’est là où deux images sont devenues réalité :

« trembler comme une feuille » et « sexe faible ».

L’apparition de quelque chose de nouveau : la peur qui fait accepter l’inacceptable et le début de la détestation de mon papa. Celui-là même, qui malgré ses failles, était mon héros et mon instructeur dont je recherchais éperdument les enseignements, est devenu juste mon père, un simple décalcomanie de ses géniteurs sous emprise de la société et de sa constitution politico-religieuse pour écraser mon essence.

Lui, l’unique, à qui je pardonnai ses colères intempestives car il était égal dans ses sautes d’humeurs avec mes frères aussi. Sauf cette fois-ci, où mon hymen me séparait d’eux ou plutôt creusait ma différence et mon impuissance.

Et je me suis tue. Moi qui ris à gorge déployée, pleure à chaudes larmes, pense tout haut et écrit avec emphase.

La seule fois où j’ai agis calmement et froidement, sans sentiment aucun, c’est le jour où, adulte, je me suis détachée de cette chair virginale qui faisait partie de mon corps mais qui ne m’appartenait pas, à la manière d’un greffon que mon être rejetait.

Plus tard, entre ces trois événements, la dispute, mes seize ans et mes épaules allégées de l’honneur, que je n’ai pas choisi,  de porter ce nom, j’ai repensé à cette vague de sentiments houleux.

C’était la période, où tout fraîchement séparée du père de ma fille -un autre mâle qui s’était mis en tête de me montrer devant ma fille la suprématie des hommes sur leurs moitiés, conçues comme  un objet bancale à réparer fermement- je lui chantonnais cette phrase, sans faire attention, car un leitmotiv quotidien que nous lui répétions inlassablement lui et moi dans notre vie antérieure commune : « tu es l’amour de ma vie, maman sera toujours là pour toi », en la regardant mordre dans un camembert, toute vêtue de mauve.

Elle rétorqua immédiatement : « mais pas papa »

La décharge électrique fut tellement puissante et certainement bien peinte dans mes yeux, qu’elle s’empressa de maquiller sa peine : « papa est au travail »

Mon cerveau à moi aussi s’empressa de me dicter : elle ne doit pas penser l’adulte, l’homme comme l’étranger et l’opposé, celui qu’elle bravera en s’amputant, elle-même,  de sa sensibilité et de sa foi. Un exemple ne doit pas la gâcher, dusse-t-il être son père.

Et mes entrailles, encore une fois, durent affronter une déferlante de vagues en entendant  les paroles de ma fille qui soufflaient contre mes tympans comme le murmure incessant et étrangement inquiétant du coquillage que l’on colle à l’oreille.

« tu sais maman, je suis très fatiguée, très fatiguée, très fatiguée », répéta-t-elle avec la certitude de ses trois ans.

J’interrogeais stupidement :

-tu veux te détendre ?

oui, répondit-elle gravement, dans un bain. Tu me comprends ?

Oui je comprends que tu veux laver ta souffrance et détendre ton cerveau contracté par ces pensées si lourdes alors que ton âge devrait être une rêverie constante. Et je n’ai aucune emprise sur elle, sauf sur le robinet de la baignoire que j’ouvre en espérant que son jet gommera ce que tes yeux n’auraient jamais du percevoir. Tes yeux qui sont des valves ouvertes à réfléchir ton tourment.

Bonsoir, tristesse. En ce soir de juillet, je comprends ton sens et ce n’est pas faute d’avoir lu Sagan.

Moi qui me croyais le rempart et la solution à tes bobos, je pensais le mot « tristesse » comme un vague à l’âme atténué. Il se révèle comme un inconnu terrible. Terrible d’être aussi banal à dire mais aussi insidieux que le sentiment d’impuissance et de désolation.

Oui, il y a pire que la colère. Car quand la tristesse s’installe, la répartie est vaine et sans effet.

J’ai envie d’un bain moi aussi. Et j’y plonge mes yeux en premier.

Mais la vague à l’âme me rattrape à mesure que je me sèche. Et c’est à la gorge qu’une envie de poésie me prend âprement. Mais une interrogation impérieuse s’installe avant : pourquoi les hommes sont si incomplets ?

Je tente de comprendre quelle pièce est défaillante ou manquante pour que le besoin de domination soit si impérieux en eux ;  la seule qui me semble abîmée, est la mère. Cette femme, à moitié enfant, la plupart du temps, a du être déchirée quelque part dans son corps ou peut-être dans son âme pour engendrer des pères aussi hermétiques à l’épanouissement de leurs filles. Ces pères si respectueux de leurs mères et qui croient, dur comme fer, que le paradis est à leurs pieds, et en même temps que l’enfer est à la naissance de la cheville de leurs filles. Ce genre de fille, qui me répète du haut de ses trois ans : « maman, tu es ma maison ». L’impudeur du dit déferle comme une offrande avide de et à la vie. Est-ce de cela dont les mères ont peur ? Est-ce pour cela qu’elles préfèrent tuer la femme en elles et perpétuer le sacre du patriarcat aveugle et incapable de se fier et de se confier ,de se donner et de s’abandonner, sans penser l’autre comme un ennemi de l’ordre ou du désordre naturel des choses?

La déclaration de ma fille me fait tressauter, sur le moment. Puis je souris de comprendre qu’elle m’envisage et me lie à elle comme son espace de mots, de jeux, de confort, de rire et de droits.

Ma fille, ma douce chaîne, tu ne me laisses d’autre choix que d’assumer ton ordre, d’être ton toit et ton toi féminin et je vais tenter de veiller à ne jamais te blesser, car je crois  vraiment que recoller c’est trahir. Et comme je veux, ma fille, que tu me nommes toujours maman et jamais ma mère, je m’enchaîne à ton droit qui exige de sortir  de « l’insurrection silencieuse » cette  fuite tapageuse qui traduit une part non assumée de choix, du moins publiquement. Car cette part, évidemment, pourrait être source de rejet, pourrait même être une cause de contrainte par corps ici alors qu’elle est juste un droit universel sous d’autres cieux. Les libertés et les valeurs universelles , nous ne les reconnaissons que sur papier.

Ne dit-on pas, à raison, que chez nous on vit comme on veut du moment qu’on ne le clame pas au devant de la scène ?. Cet aléatoire que j’accepte pour moi, le voudrais-je pour toi ?

Ma douce chaîne- car liées nous le sommes, mais pas contraintes d’être attachées. Liées comme on apprivoise un renard dans le cœur d’un petit prince – chaque fois que je suis en morceaux, tu fais des morceaux de moi. Ta pensée, ta petite voix, ta petite personne, tes petites demandes font la grande personne que je suis étonnée d’être et font de moi effectivement, l’adulte mature que je suis censée être.

Tes certitudes que prolonge l’étreinte rose de tes petits bras font couler des cascades de larmes perlées sans amer ni écume et déchaînent ma passion de toi et ma certitude de te porter à la vie. Malgré que je reste encore incapable de fuir mon Maroc qui vomit ses femmes, qui gifle leurs entrailles et vole l’innocence de ses fruits.

Ma fille, comme moi, tu seras arabo-berbère et musulmane, ta Constitution l’a décrété. Ta foi, si tu l’as, sera ton cadeau et ton fardeau à la fois, pardonne moi de ne m’insurger que silencieusement pour toi. Mais je serai toujours ton toit tant que ton Maroc actuel reste ta loi.

J’ai soif. Mais l’eau ne me désaltère pas.